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Le vélo-cargo trace sa route sur les chantiers bruxellois

Longtemps associé à la livraison urbaine, le vélo-cargo s’impose aujourd’hui comme un véritable outil professionnel dans le secteur de la construction. À Bruxelles, certaines entreprises n’hésitent plus à délaisser leurs camionnettes pour pédaler entre deux chantiers. Témoignages, chiffres-clés et retour sur le Lunch Découverte du 16 mai dernier.

Moins d’embouteillages, plus d’efficacité

Organisé par Embuild.Brussels, le Lunch Découverte « Vélo & Construction » a réuni entreprises, experts et partenaires autour d’un objectif clair : explorer le potentiel du vélo-cargo dans les métiers du bâtiment. Une réponse concrète aux défis de mobilité qui plombent la productivité dans la capitale. Avec des vitesses de circulation réelles qui plafonnent à 13 km/h en hypercentre et une pression croissante sur le stationnement, le vélo-cargo offre une alternative agile, économique et durable. Plus de 250 entreprises bruxelloises ont déjà franchi le pas depuis 2020.

Un outil à part entière

Yannick Warnau, Bru Co Creation

Pour beaucoup, la transition commence par nécessité. C’est le cas de Bru co Creation, entreprise générale active en construction circulaire. « Au départ, j’ai choisi le vélo cargo car ma compagne avait besoin de la voiture et il fallait déposer les enfants. Mais très vite, j’ai réalisé que c’était bien plus qu’un mode de transport : c’est devenu un outil de travail à part entière », explique le fondateur. Son vélo supporte jusqu’à 250 kg, couvre un rayon quotidien d’environ 10 km autour de Jette, et lui permet de réaliser près de 70 % de ses déplacements professionnels. « Je gagne un temps fou, notamment sur le stationnement. Et si j’oublie un outil, je fais l’aller-retour en deux minutes », ajoute-t-il.

Une signature à deux roues

Créée en janvier 2025, La Compagnie des Tuyauteurs a fait un pari audacieux : celui de fonctionner exclusivement à vélo-cargo. Spécialisée dans la petite plomberie, la détection de fuites non destructives et le débouchage, l’équipe sillonne les 19 communes de la capitale sans jamais démarrer un moteur. « Chaque jour, nos équipes utilisent le vélo-cargo, quelle que soit l’intervention. C’est devenu notre signature, autant qu’un outil fiable », explique l’entreprise.

Et quand on leur demande pourquoi avoir fait ce choix, la réponse est claire : « C’était une décision mûrement réfléchie. Pour sa rapidité, sa prévisibilité, son coût réduit… et son impact environnemental. » Même les situations atypiques n’entament pas leur conviction : « Une fois, on est intervenus directement dans la gare du Midi, à vélo ! Pendant que d’autres cherchent désespérément une place pour leur camionnette dehors. Le vélo cargo, c’est aussi ça : de l’efficacité là où on ne l’attend pas ! »

Des bénéfices concrets

Les avantages évoqués sont multiples : gain de temps, meilleure gestion du planning, économies de carburant et d’entretien, mais aussi plaisir de circuler sans stress. Bru co Creation témoigne d’une réduction drastique de ses pleins d’essence — d’un par semaine à un toutes les six semaines — et d’un coût d’assurance vélo limité à 20€/mois. De plus, des primes régionales peuvent couvrir jusqu’à 4.000€ pour l’achat d’un vélo cargo ou 2.000€ pour une remorque, avec un plafond annuel fixé à 12.000€ par entreprise.

S’adapter à son activité

Bien entendu, tout ne peut pas se faire à vélo. Bru co Creation continue d’utiliser ponctuellement une camionnette pour les matériaux lourds ou volumineux. Mais de nombreuses interventions — entretien, maintenance, devis, SAV — sont parfaitement compatibles avec le vélo-cargo, surtout dans un rayon de 5 à 10 km. Grâce aux remorques, certains professionnels transportent jusqu’à 1,5 m³ de matériel ou 200 kg de charge utile.

Des solutions existent pour sécuriser le matériel (trackers, cadenas renforcés), étendre la capacité (remorques, caissons sur mesure) ou tester le concept sans investissement majeur (location, leasing, semaine d’essai…).

Changer de regard, tester sans engagement

Le principal frein reste souvent psychologique : peur du vol, de la météo ou de l’inadaptation technique. Mais des solutions existent. La coopérative Urbike recommande d’ailleurs une feuille de route en 6 étapes pour démarrer, en commençant par des tests terrain avec l’équipe, suivis d’un projet pilote et d’un plan de déploiement.

Pour Embuild.Brussels, il s’agit d’ouvrir des perspectives : non pas imposer une solution unique, mais sensibiliser à un éventail d’outils adaptés aux réalités urbaines et aux contraintes de terrain. Le vélo-cargo ne remplacera pas le camion pour tous les usages, mais il offre une réponse crédible, souple et innovante à la congestion croissante de Bruxelles.

Conclusion

Changer d’outil, c’est parfois changer de rythme, de perspective, voire de modèle économique. En intégrant le vélo-cargo dans leur logistique quotidienne, des artisans bruxellois redécouvrent une mobilité à taille humaine, mieux adaptée à leur métier. Et si, demain, pédaler devenait un nouvel indicateur de performance dans le bâtiment ?

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